Les historiens de l’écriture estiment que l’alphabet hébraïque en lettres carrées dérive de l’écriture araméenne qui elle-même découle d’une ancienne écriture cananéenne. La dénomination “lettres carrées” provient de la graphie des lettres qui, souvent, revêt une forme quadrangulaire. L’écriture araméenne s’est développée au Moyen-Orient au cours du Xe et IXe avant l’ère chrétienne. Elle fut introduite en Israël avec la domination des Babyloniens puis des Perses et elle supplanta peu à peu l’écriture juive antique.
L’objet de l’essai présenté ici n’est cependant pas de raconter cette histoire, il s’inscrit plutôt, à la suite d’une longue réflexion des sages sur l’acte créateur, dans la ligne d’une méditation sur le rôle des lettres dans une création entièrement tributaire de la parole.
Les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, douées chacune d’une valeur numérique, constitueraient en effet, selon le Sefer Yetsira, les éléments fondamentaux de tout ce qui est créé. Le livre du Zohar estime que les lettres préexistaient à la création du monde et que le Saint, béni soit-Il, jouait avec elles et les contemplait. Il imagine alors un récit subtil et profond dans lequel chaque lettre se présente à Dieu en vue d’avoir le privilège d’être celle avec laquelle Il commencera sa création. La tradition hassidique dans le Sefer Tanya, ajoute que les lettres ont été confiées aux hommes, elles maintiennent chaque existant à l’être, si elles venaient à remonter à la source d’où elles proviennent le monde disparaîtrait.
La méditation proposée ici est inspirée par la graphie des lettres et par les suggestions du Talmud et du Zohar quant à leur signification. Elle tente de montrer à un lecteur moderne, peu enclin sans doute à s’attarder à la poésie des lettres hébraïques, que l’effort pour déchiffrer l’énigme de nos vies à l’aune de ces lettres est un chemin d’espoir.
Philosophe et hébraïsante, Catherine Chalier enseigne la philosophie à l’université de Paris X Nanterre. Elle s’intéresse tout particulièrement aux liens entre philosophie et la source hébraïque de la pensée. Elle a publié avec Didier Ben Loulou Sincérité du visage (Éditions Filigranes, Paris 2004)