Didier Ben Loulou
Betty Rojtman
Danielle Robert-Guédon
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MCMXCVII

Nous avions, pour évoquer Jérusalem, choisi arbitrairement les fauteuils de l'hôtel Nord-Pinus, la pénombre et le silence stupéfiants des salons, l'exacte richesse du retrait alors que, sur la place d'Arles, les platanes transpiraient, malmenés par le feu d'images projetées sur leur feuillage.

Jérusalem ne se dévoilait pas aisément. Nous avions en tête la grande partition qui se joua en novembre 1947 et que Didier Ben Loulou interprète aujourd'hui, les premières mesures entendues à Flushing Medow dans une ancienne patinoire des faubourgs de New-York. Par une sorte de pirouette, André Gide avait obtenu le prix Nobel de littérature. Les livres tels des rescapés allaient nous occuper tard dans la nuit. Nous ne faisions que nommer les auteurs et nommer aussi les éditeurs qui les avaient abrités, dressant un répertoire d'adresses, assignant un toit à chacun.

Nous contournions Jérusalem ainsi que nous aurions promené le doigt avec précaution sur l'évasure d'une coupe endommagée par les ans.

C'est depuis Trézélan, en Bretagne, qu'en 1997 nous sont parvenus des fragments de la ville. Si du territoire littéraire nous avions survolé les crêtes, Ben Loulou nous envoyait de la Terre- Sainte ce que l'on conserve après y avoir creusé à pleines mains: poussière partagée entre ongles et semelles, enchâssées dans les moindres replis, aussi légère que les propos tenus dans la nuit arlésienne, aussi enflammée que la boue d'ici est éteinte. A Princé, où Ben Loulou nous a rendu visite en novembre 97, nous contenons la croûte brune des champs à bonne distance du seuil, nous donnant l'illusion, dans un salon moins vaste et des fauteuils moins profonds, sinon de la richesse, au moins du retrait.

Pas d'avantage nous n'avons parlé de Jérusalem. Pourtant, il nous montra de nouvelles photographies fières et réservées où continûment la poussière coule à l'angle des paupière et des rues.

Puis nous avons encore sauvé quelque textes de l'oubli. De son bagage, il avait extrait plusieurs livres qu'il nous a offerts. J'ai attendu qu'ils reposent avant de les couvrir de papier cristal. Si tous méritaient la prévenance, l'un d'eux, fragment de nos conversations, nécessitait la même attention que celle portée par Ben Loulou à Jérusalem: c'est un texte qui fut écrit le 1er avril 1947 par André Gide et intitulé L'art bitraire.

Danielle Robert-Guédon

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